L’atlantide, mythe ou réalité ?

Publié par Iris le

S’il y a un bien un mythe qui traverse les siècles tout en gardant sa part de mystères, c’est bien celui de l’Atlantide. Originellement établi par Platon, nous sommes encore de nos jours à l’épreuve de la véracité de ses propos. Nous ne savons pas aujourd’hui si l’Atlantide a bel et bien existé. Les nouvelles découvertes de cités englouties ne donnent pas de réponses concrètes non plus. Certains disent que l’Atlantide a existé, d’autres que non, d’autres se prétendent être connectés à son énergie et à son peuple… Qui dit vrai ?

Cet article n’a pas été écrit pour dire si l’Atlantide a existé ou non. Il a été écrit pour mettre en lumière les propos de Platon et pour les confronter avec la réalité (une réalité n’est pas une vérité) archéologique et historique que l’on connait de nos jours. Il ne s’agit pas non plus de ma part d’émettre d’énièmes spéculations à propos de l’Atlantide.

Avant de commencer à explorer certaines phrases des deux ouvrages emblématiques du mythe de l’Atlantide, commençons par parler de son auteur : Platon.

L’auteur et ses œuvres sur l’Atlantide

Qui est Platon ?

Platon est un philosophe athénien de la Grèce Classique qui a vécu entre 428-427 et 348 avant JC. Il a commencé sa vie par l’étude des lettres, des mathématiques, de la musique et la gymnastique avant de se consacrer à la philosophie dès 408 avant JC. La majorité des œuvres de Platon est connue pour avoir été écrite sous forme de dialogue mettant en scène Socrate, prenant la position d’un sage, qui écoute les réflexions d’autres disciples et philosophes de son temps.

Par la rédaction sous forme de dialogue, Platon met en avant que la connaissance s’acquière à plusieurs par une dialectique où les idées se mêlent et se confrontent, afin de dépasser les opinions individuelles et d’atteindre l’universel[1]. Dans ces récits, chaque personne énonce son point de vue, en l’illustrant, par des métaphores, paraboles, allégories, récits mythiques… L’allégorie de la caverne est un exemple. Il est donc probable que les récits de l’Atlantide en soit aussi.

Le Timée[2] et le Critias[3]

Ces deux ouvrages dont il semble être accompagné d’un troisième tome l’Hermocrate, ont été rédigés entre 370 et 346 avant JC.  Il faut noter que l’œuvre est incomplète. Le Critias n’a pas été fini, ou la fin n’a pas été retrouvée.

De quoi parlent ces textes? Les dialogues partent d’un questionnement de départ, à savoir les origines des mondes et de l’humanité, et la place de l’homme dans l’Univers. Des thématiques souvent évoquées dans la Grèce Classique.

Dans le Timée, le texte débute avec une thématique politique. On y apprend que les protagonistes du dialogue se sont rencontrés la veille pour discuter de la Constitution la plus parfaite. Le Timée démarre avec une interrogation de Socrate : le portrait qui en a été fait la veille, est-il plausible ? Au tour de Timée, Critias et Hermocrate de répondre à cette question de Socrate.

Critias est le premier à répondre, et c’est là que débute le récit de l’île d’Atlas (l’Atlantide). « la constitution que tu proposes, dit-il en substance à Socrate, a existé autrefois à Athènes. Dans l’Athènes des origines, il y a bien longtemps… » Il explique avoir écouté ce récit d’un de ces ancêtres, ami de Solon, qui lui-même l’a entendu de la part d’un prêtre égyptien. Il relate que les athéniens, il y a 9 000 ans ( au moment du récit donc 11 500 ans aujourd’hui), ce sont défendus contre un peuple dont les terres se trouvaient au-delà des colonnes d’Héracles.

Venons-en maintenant à l’étude géologique et historique des descriptions de l’Atlantide faites dans le Timée et le Critias.

L’Atlantide de Platon et les faits géologiques et historiques

Le lieu de l’Atlantide selon Platon et sa datation

« Avant tout, rappelons-nous qu’en somme il s’est écoulé neuf mille ans depuis la guerre qui, d’après les révélations des prêtres égyptiens, éclata entre les peuples qui habitaient au-dehors par-delà les colonnes d’Héraclès et tous ceux qui habitaient en deçà. »

Les colonnes d’Héraclès font référence aux massifs montagneux qui bordent le détroit de Gibraltar[4], du côté espagnol le Rocher de Gibraltar et du côté Marocain le Djeble Musa.   L’île de l’Atlas serait donc située par Platon devant le détroit de Gibraltar dans l’océan Atlantique.

« En deçà » décrit la Mer Méditerranée et ses habitants.

Au moment de l’écrit des deux textes, est indiqué que la Guerre entre les Athéniens et les habitants de l’île de l’Atlas a eu lieu 9 000 ans, soit donc environ 9 500 ans avant JC ( 11 500 ans BP -> Before present)

Les indices géologiques sur la Grèce Classique et l’Atlantide.

Les textes de Platon regorgent d’indices quant au climat et à la géologie de l’époque, que ce soit en Grèce et concernant l’effondrement de l’Atlantide. Certaines indications peuvent être vérifiables grâce à la paléoclimatologie et la géologie, par l’étude de sédiments.

« Mais dans le temps qui suivit, il y eut des tremblements de terre et des inondations extraordinaires, et, dans  l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit néfastes, tout ce que vous aviez de combattants fut englouti d’un seul coup dans la terre, et l’île Atlantide, s’étant abîmée dans la mer, disparut de même. »

Selon les propos de Platon, le cataclysme qui s’est produit il y a 11 500 ans, semble assez puissant pour avoir fait disparaitre un continent entier.

Il parle de tremblement de terre, d’inondations… Autant d’éléments qui laissent penser à un tremblement de terre, un tsunami ou/et à une éruption volcanique, comme l’extrait ci-après :

« En une seule nuit, des pluies extraordinaires, diluant le sol qui la couvrait, la laissèrent dénudée. Des tremblements de terre s’étaient produits en même temps que cette chute d’eau prodigieuse »

Cet extrait laisse penser à une éruption explosive, avec des tremblements de terres et des cendres projetées, dont l’acidité pourrait affecter les alentours.

Géologiquement parlant, la Grèce se trouve proche d’une faille sismique et est fréquemment témoin de tremblements de terre, pour l’instant, de faibles magnitudes. Elle a été le témoin d’éruptions dévastatrices du volcan de Santorin entre 1600 et 1525 av. J.-C[5], qui aurait pu être à l’origine de la disparition de la civilisation Minoenne.

Mais qu’en était-il a 9 500 ans avant JC? Quel était le contexte climatique, géologique et géomorphologique  de la Grèce et du détroit de Gibraltar ?  Peut-on rapprocher ce contexte des écrits de Platon ?

La Grèce à 9 500 ans avant JC ( 11 500 BP)

9 500 ans avant JC est la période de la fin de la dernière période glaciaire qui porte le nom de glaciation de Würm. A cette époque, les glaciers s’étendent sur une bonne partie de l’Europe.  On a repéré des intervalles de phases glaciaires et interglaciaires (fonte des glaces), qui occasionnent une variation du niveau de la mer, qui monte, lorsque les glaciers fondent et redescend lorsqu’une certaine quantité d’eau est retenue sous forme de glace[6]. En Grèce, des traces d’anciens glaciers ont été retrouvées. Le pays étant constitué de montagne dont le plus haut sommet culmine à plus 2 000 mètres d’altitude, c’est le Mont Olympe.

« Le sol qui s’écoule des hauteurs en ces temps de désastre ne dépose pas, comme dans les autres pays, de sédiment notable et, s’écoulant toujours sur le pourtour du pays, disparaît dans la profondeur des flots. » Critias

Cette description faite dans le Critias, s’apparente à une description de la fonte des glaces sur les reliefs montagneux. Les glaciers lorsqu’ils fondent, font s’écouler des sédiments. Ici la description pourrait s’apparenter à une fonte des glaces des reliefs grecques, dont les sédiments s’écouleraient des rivières vers la Méditerranée. Il est également fort possible que la différence de sédiments relevée par Platon, puisse venir d’anciens sédiments, précédemment pris dans la glace, il y a des milliers d’années,  dont la constitution sédimentaire serait différente. Cela n’est qu’une hypothèse personnelle.

Le détroit de Gibraltar à 9 500 ans avant JC (11 500 BP)

Les écrits de Platon dans le Timée et le Critias décrivent une île, l’île d’Atlas, qui se positionnerait devant les colonnes d’Héraclès, donc devant le détroit de Gibraltar.

Jacques Collina-Girard, Géologue, Préhistorien et Maître de conférences, s’est intéressé à la structure géologique du détroit de Gibraltar il y a 11 500 ans[7].

D’après ses recherches en géologie sous-marine, de petites îles étaient bien visibles dans le détroit de Gibraltar, il y a 11 500 ans, mais bien plus petites que l’immense continent décrit par Platon. Il mentionne particulièrement l’île du Cap Spartel, seule « survivante » d’un archipel dont les autres îles auraient été submergées 2 000 ans plus tôt. L’île du Cap Spartel, quant à elle, aurait été témoin de la fin de la période glaciaire et de la montée des eaux, et aurait été submergée à son tour à cette époque.

Venons en maintenant à l’histoire, et l’archéologie. En plus des faits climatiques et géologiques, les textes de Platon sont aussi sources d’indications historiques. Dans les domaines de la préhistoire, l’histoire et l’archéologie de nombreuses recherches ont été faites à partir des textes. Dans la partie d’après, il est question de porter un regard croisé sur les écrits de Platon avec la réalité préhistorique et historique que l’on connait actuellement.

Platon face à la réalité préhistorique et historique

En terme de datation historique, 9 500  av JC correspond au début de la période dite mésolithique, une période durant laquelle les populations s’adaptent aux changements climatiques, suite à la fonte des glaces à la fin du paléolithique.

Le détroit de Gibraltar

« De cette île on pouvait alors passer dans les autres îles et de celles-ci gagner tout le continent qui s’étend en face d’elles et borde cette véritable mer. »

Sur cette courte phrase issue du Timée, Platon explique bien un passage d’île en île qui pourrait correspondre à l’archipel que la géologie sous-marine a mis en évidence. Du point de vue des mouvements de population, au mésolithique les peuples étaient principalement nomades, ce qui pourrait laisser supposer que les peuples d’Afrique du Nord et d’Espagne aurait pu traverser l’île du Cap Spartel, se rencontrer, échanger …  Ce qui présuppose également l’émergence de techniques de navigations. Actuellement, je n’ai pas trouvé de sources, attestant de ce passage d’île en île au mésolithique, aux environs de 9 500 ans avant JC.

L’orichalque

Dans le paragraphe ci-dessous du Critias, Platon fait mention d’un métal que seuls les Atlantes disposent, l’orichalque.

« C’est l’île elle-même qui leur fournissait la plupart des choses à l’usage de la vie, en premier lieu tous les métaux, solides ou fusibles, qu’on extrait des mines, et en particulier une espèce dont nous ne possédons plus que le nom, mais qui était alors plus qu’un nom et qu’on extrayait de la terre en maint endroit de l’île, l’orichalque, le plus précieux, après l’or, des métaux alors connus. »

Ce paragraphe fait mention de l’utilisation de la métallurgie dès 9 500 avant JC. D’un point de vue historique, la Mésopotamie commence à utiliser les métaux vers 3 000 av JC[8]. L’Europe occidentale voit la connaissance des métaux s’étendre qu’à partir de l’âge du bronze vers 2000 avant JC[9], soit 7 500 ans après les utilisations supposées des métaux par les Atlantes. De part les dates mentionnées, on se retrouve avec une divergence entre les écrits de Platon et la réalité historique actuelle.

Durant la Grèce Classique, à l’époque de Platon (1 500 après la connaissance supposée des métaux en Europe), étaient utilisés le bronze, le fer et le plomb[10]. Les monnaies frappées aux environs de 600 av JC [11] sont en or, cuivre et argent[12].

Qu’en est-il de l’orichalque ? A la suite de découvertes d’objets, armes et monnaies, les archéologues datent l’orichalque aux alentours du Ier siècle av JC, soit bien plus tard que les écrits de Platon. Ce métal qui brillerait autant que l’or, serait en fait un alliage de cuivre et de zinc, qui donne du laiton[13].

Récemment a été découverte l’épave d’un navire au large de la Sicile, dans celui-ci ont été remontés lingots et casques d’armures en orichalque. Les recherches sur ces découvertes ont amené une datation de 689 avant JC[14]. Les objets proviendraient de la mer Egée et de la méditerranée orientale. Nous pouvons donc supposer que la Grèce de Platon connaissait bien l’orichalque au 4è siècle avant JC (hypothèse qui demande des sources).

Les transmissions orales

Platon est le seul à parler de cette civilisation évoluée que seraient les Atlantes. Il n’y a pas d’autres écrits, tablettes, inscriptions attestant de cette civilisation…

Lorsque l’on se penche plus en détail sur les mots de Platon, la question d’une tradition orale est mise en évidence.

« Si, en effet, je puis me rappeler suffisamment et vous rapporter les discours tenus autrefois par les prêtres et apportés ici par Solon. »

« Ces manuscrits de Solon [écrits de Solon suite au discours des prêtres] étaient chez mon grand-père et sont encore chez moi à l’heure qu’il est, et je les ai appris par cœur étant enfant »

Dans cette phrase, il y a trois intermédiaires, la personne qui a raconté aux prêtres, les prêtres eux-mêmes, Solon ( ses écrits) et Critias. Trois oreilles différentes, donc, pour parler d’un fait  daté d’il y a 9 000 ans, et trois manières différentes de le raconter, sans compter les personnes qui l’ont transmis ces 9 000 années avant Platon. Il convient donc de prendre en compte les variations que le récit d’origine aurait pu subir. Il est encore davantage possible que Platon lui-même l’ait modifié compte tenu de son amour pour les allégories et les métaphores.

Un style d’écriture que l’on rencontre dans les mythes, eux-mêmes principalement transmis par oral, avant d’être consignés par écrit lorsque celle-ci fut utilisée à cet effet, autre que pour des intérêts politiques[15].

Comment Platon a-t-il construit ses textes ?

Avec ces quelques indications géologiques et historiques, on peut se demander comment Platon a-t-il construit ses textes ?

Plusieurs faits climatologiques et historiques semblent se confondre dans ses écrits. La fonte des glaces et la montée du niveau de la mer auraient pu être vécues comme un traumatisme par les populations, ce qui pourrait devenir un moteur de transmission orale au fil des millénaires. A ce propos plusieurs civilisations transmettent des légendes concernant un déluge.

En 1680 av JC, le volcan de l’île de Santorin est entré en éruption, provoquant raz de marée, et début du déclin de la civilisation Minoenne, ce phénomène aurait-il pu inspirer Platon pour son récit ?

L’orichalque apporte lui aussi sont lot de questionnement, l’utilisation des métaux n’étant pas attesté, il y a 11 500 ans avant JC.

L’Atlantide a-t-elle donc réellement existé ?

Je finis cet article par citer encore une fois Platon :

« sur un tel sujet il convient d’accepter le mythe vraisemblable, sans rien chercher au-delà. »

Retrouvez le livre de Jacques Collina-Gerard sur Amazon:

[1] https://atlandides.hypotheses.org/156

[2] https://beq.ebooksgratuits.com/Philosophie/Platon-Timee.pdf

[3] https://beq.ebooksgratuits.com/Philosophie/Platon-Critias.pdf

[4] https://www.persee.fr/doc/casa_0076-230x_1995_num_31_1_2729

[5] https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/volcan-eruption-santorin-atlantide-nouveau-rebondissement-datation-53031/

[6] https://www.u-picardie.fr/beauchamp/Paleoclim/Paleoclimats-1.html

[7] https://journals.openedition.org/pm/248

[8] https://www.cairn.info/revue-annales-2005-5-page-975.htm

[9] https://musee-archeologienationale.fr/sites/musee-archeologienationale.fr/files/fpmetallurgie.pdf

[10] https://musee-archeologienationale.fr/objets-des-mines-du-laurion

[11] https://www.cairn.info/revue-dialogues-d-histoire-ancienne-2014-Supplement12-page-103.htm

[12] https://www.museedelhistoire.ca/cmc/exhibitions/civil/greece/gr1140f.html

[13] https://www.persee.fr/doc/numi_0484-8942_2004_num_6_160_2550

[14] http://maajournal.com/Issues/2017/Vol17-2/Caponetti%20et%20al.%2017(2).pdf

[15] http://theconversation.com/antiquite-entre-culture-orale-et-culture-ecrite-des-frontieres-mouvantes-119450

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